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Nathalie la Pyrénéenne

Elever des chevaux, c’est de la passion certes, mais avant tout un métier exigeant. Alors comment Nathalie Komaroff vit-elle cet engagement, elle qui est aussi mère de famille et accompagnatrice de randonnées équestres ?



Nathalie la Pyrénéenne
Porté-Puymorens, 1610 mètres d’altitude, à dix kilomètres de l’Espagne et de l’Andorre. Glacial l’hiver (on y skiait jusque début juin cette année), chaud, très chaud l’été. Faibles constitutions s’abstenir ce qui n’est pas le cas quand on est petite-fille de cosaque ! Une filiation dont on ne peut douter à la vue de la chevelure flamboyante, de Nathalie, de ses pommettes haut placées et de la formidable énergie qui se dégage d’elle. Un tempérament vous dis-je !
Nathalie a choisi de vivre ici, et même d’y être ancrée par ses chevaux. Née à Vienne, elle découvre la Cerdagne à 10 ans quand ses parents s’installent à Bourg-Madame. Papa étant ariégeois (et fils de cosaque !), il y avait comme un retour aux sources dans l’air. Et les vacances se déroulent à Porté. Sa maman y tiendra ensuite pendant vingt ans le restaurant. Et un papa plombier qui sait tout faire dans le bâtiment, ça va aussi bien aider.
Les études se continuent entre autres au Lycée climatique de Font-Romeu puis en internat à Toulouse. Bac G3, BTS Action co et le mérens au fond du cœur. Et là encore son père joue un rôle essentiel : sa fille veut vivre avec les chevaux ? OK, mais à condition que cela rapporte. Car être éleveur exige des connaissances scientifiques mais aussi en gestion. Tout en continuant à vivre sur Toulouse et à faire des petits boulots, Nathalie passe son Brevet professionnel agricole qui lui permet de s’installer comme Jeune Agricultrice, sans oublier de se former comme accompagnatrice de tourisme équestre (ATE). En 1994 elle s’installe enfin à Porté où naît sa première fille. Et comme si cela ne suffisait pas, elle crée le gîte de 31 couchages (individuels et dortoir).Une deuxième fille naît en 2002.
Mais l’homme avec qui elle partagera vraiment sa passion des mérens, elle ne le rencontrera que tard et il a son propre club dans la plaine roussillonnaise. Et ce duo-là concoctera de magnifiques transhumances et estives avec ceux qu’on appelle dans les Pyrénées les Princes noirs. 
 


Un rythme d’enfer

Elle garde à Porté son étalon (Fanon de l’Abatch, agréé à la monte publique), quelques chevaux de promenade et commence le travail des poulains de six mois. Jusqu’aux vacances de Pâques, les vacanciers se succèdent auxquels elle propose des promenades en traîneau. Et tous les jours, elle va vérifier si ses troupeaux se portent bien en descendant parfois le foin en luge car même l’antique 4x4 ne passe plus sur les chemins enneigés. Mai se traduit par le retour en estive d’une partie du troupeau descendu en novembre. Les poulains sont installés au fond de la vallée et les poulinières vont au pré. Les déclarations de saillie sont faites. Deux randonnées ont lieu, le Tour du Carlit et l’Etoile de Puymorens. Tandis que les naissances s’enchaînent, les saillies ont lieu et les 3 ans commencent leur débourrage. Ce qui n’empêche pas Nathalie d’accompagner la randonnée A cheval sur les trois frontières. Et d’accueillir les marcheurs, de refaire les clôtures… En juillet et août, le rythme ne baisse pas avec les randonnées, la préparation des concours modèles et allures et la surveillance des estives. Septembre continue avec des randonnées au programme, sur les pas des Cathares tandis que les touristes continuent de faire halte au gîte. Octobre paraîtrait presque paresseux puisqu’elle « se contente » d’effectuer les réparations à la ferme, de faire le signalement des poulains sous la mère et de préparer la transhumance vers la plaine. Ensuite sevrage des poulains, répartition des bêtes, transhumance parfois déjà sous la neige, vermifuge, vaccins, stockage du foin…
Du coup, décembre a presque un petit air de détente !
Les éleveurs connaissent ça, une vie sans jours fériés, avec les soins constants qu’il faut apporter aux animaux. Un métier très physique, où il faut braver le froid, la neige, ne pas avoir peur de retrousser ses manches pour effectuer des travaux autrefois réservés aux seuls hommes, se « coltiner » des charges très lourdes. Le choix du tourisme en gîte et des randonnées par Nathalie lui permet aussi des contacts renouvelés avec ces randonneurs pédestres ou cavaliers qui viennent découvrir un environnement qu’elle aime et qu’elle souhaite contribuer à préserver.

Les mérens au cœur


Si vous lui demandez si elle souhaiterait une autre vie professionnelle, elle vous regarde comme quelqu’un qui n’aurait pas bien compris que c’est son choix, qu’elle est heureuse avec ses princes noirs, qu’elle aime faire découvrir ses Pyrénées. Seule ombre au tableau (mais vécue par beaucoup d’autres femmes qui travaillent), les moments où elle s’éloigne de ses filles, où la culpabilité maternelle resurgit, notamment le soir quand elle n’est pas là pour les écouter raconter leur journée. Et si un jour vous souhaitez lui acheter un mérens, sachez qu’elle ne vous le vendra qu’après vous avoir observé avec lui, demandé où il vivra, dans quelles conditions et exigé d’avoir des nouvelles. Car ses chevaux font partie de sa famille. Alors pas question pour elle que le cavalier et sa monture ne soient pas en bonne intelligence. Et si je vous dis aussi que ça n’est pas toujours facile pour elle de laisser partir son protégé quand la vente est conclue, vous me croyez ?
Car Nathalie c’est un cœur gros comme ça, une énergie fabuleuse, une vraie tendresse pour son monde, qu’il soit humain ou équin, sans parler de sa passion pour ses montagnes qu’elle nous fait si bien découvrir. Un vrai tempérament !

www.pyren-equus.com
 



Dominique-Laurence Repessé (textes/photos)




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