Notez

Biographie de Sylvie Overnoy, vue par son cheval!

A découvrir, la biographie de Sylvie Overnoy, vue par son cheval Perceval, l'auteur de "Bienvenue au CLub" et "Surprise au Club" publiés chez Belin.



Elle m’appelle “ma boulette” quand je fais une bêtise, mais mon vrai nom est Perceval. Elle s’appelle Sylvie, et elle fait des bêtises aussi.
 

Je suis un pur-sang américain entier, alezan avec quatre balzanes et une liste en tête ; elle est une franc-comtoise devenue parisienne avec des crins qui changent de couleur quand elle est allée chez le coiffeur.
 

Quand je l’ai rencontrée, j’avais cinq ans, et elle… beaucoup plus. Elle s’était remise à cheval sur le tard, après quelques expériences désastreuses quand elle avait vingt ans et qu’elle s’était mise à avoir très peur — mais pas des chevaux : du moniteur !
 

Heureusement elle a fini par en trouver un qui expliquait les choses au lieu de juste les répéter plus fort. Reprendre l’équitation lui a fait beaucoup de bien ; mais en même temps, de son point de vue d’adulte, elle a réalisé que les codes des centres hippiques étaient très particuliers. Alors elle s’est demandé ce que penserait un cheval qui découvrirait tout ça… Du coup elle a écrit “Bienvenue au Club” puis “Surprises au Club” (aux éditions Belin), la vie d’un centre hippique vue à travers le regard perplexe et naïf du cheval Crac.     
 
Un jour son moniteur lui a demandé : « Qu’est-ce que tu dirais d’acheter un cheval ?

  •     Il faut voir, a-t-elle dit. Quel cheval ?
  •     Un pur-sang entier de cinq ans.
  •     Mais, s’est-elle écriée, tu veux ma mort !
  •     Mais non. Il est très gentil. 
  •     Hrmfff, a-t-elle dit.

 
On peut toujours aller voir. »  Sylvie est très curieuse.
 

C’est son métier de journaliste qui veut ça, je suppose.  La première chose que j’ai faite, c’est essayer de la mordre : elle me dérangeait pendant que je mangeais mon foin. Du coup, la première chose qu’elle a faite, c’est de me donner une tape sur le nez. Fin des présentations, on pouvait passer aux choses sérieuses : me seller et me monter.
 

Et comme personne n’est tombé, on peut dire que ça s’est plutôt bien passé.
 

Quelques jours plus tard, elle est venue me chercher avec le camion. Les garçons ont essayé de me faire embarquer avec des longes et ça faisait un quart d’heure que tout le monde suait et soufflait sans succès quand Sylvie a demandé « Vous les rangez où, les granulés ? » Elle est allée en chercher un seau, se suis monté dans le camion en deux secondes, et là, je me suis dit que je pourrais peut-être faire quelque chose de cette cavalière.    Et en effet. Avec moi elle a même obtenu son galop 6, peut-être un peu par piston, car elle a du mal à placer sa jambe gauche et aussi un peu à plier ses coudes. Avec elle je suis allé faire des balades en forêt, j’ai eu le droit de me rouler tout nu dans la carrière ou le manège après chaque reprise, et puis d’aller brouter une bonne vingtaine de minutes à chaque fois.
 

Elle secouait le vieux pommier pour en faire tomber les pommes afin que je puisse les croquer   — il ne m’est jamais venu à l’idée de lever la tête   — et elle m’emmenait dans le grand pré des poneys, pour que je puisse jouer avec mes copains. Avec moi, elle a appris ce que c’était qu’une vie de cheval, le respect et la confiance.
 

Mais le centre hippique a dû fermer — ça arrive. Et personne ne voulait d’un entier. Jusqu’à ce que Fred, un copain de copain de copain qui vit près d’Orléans, dise « Moi je veux bien, je n’ai que des entiers de toute façon ».
 

Ce qu’il avait oublié de mentionner, c’est que comme il est dresseur d’animaux pour le cinéma et le spectacle, il avait aussi des moutons, des chiens, des poules, des canards, des chèvres, des aigles, un zébu, des vaches, des corneilles, un ours et des chameaux.
 

La première fois que j’ai vu un chameau, je n’ai plus pu avancé, je n’ai plus pu reculer, je suis resté planté sur mes quatre pieds avec les yeux exorbités. Et puis ça s’est arrangé.
 

Je vis toujours chez Fred, qui est devenu un ami de Sylvie. Je suis en pension pré-box, déferré, avec un maréchal-ferrant qui vient tous les trois mois. Mon ami de pré est Microbe le poney shetland, qui est entier et déferré lui aussi ; on joue à se bagarrer d’abord, puis on passe aux choses sérieuses, et on broute. Par ailleurs je me suis habitué aux chameaux : on se fait des léchouilles par-dessus la clôture. Hélas personne n’a jamais réussi à prendre la photo  Depuis, Sylvie et moi avons pris quelques années : j’ai 21 ans maintenant ! Elle vient toujours me voir mais me monte moins. Je viens quand elle m’appelle, car je sais qu’il va y avoir des choses agréables comme un bon roulage dans le sable du manège, une petite détente en liberté, une balade en main et une séance de broutage là où elle sait que l’herbe est bonne, car à force d’observer, elle a appris laquelle était ma préférée.
 

Depuis seize ans qu’on a fait connaissance, je crois que même si sa jambe gauche est moins efficace et ses bras toujours un peu trop tendus, j’ai réussi à en faire quelque chose, de cette Sylvie.

 








Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :









1 2 3 4 5 » ... 22

Actualités | TROT TOP TOUR | Les actions | Portraits de Femmes | Filière cheval | Elevage | GESCA | Paroles d'experts | Adresses utiles | Coup de cœur | Coup de pouce