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Servir ma filière



Crédit PHOTO : Thierry Segard
Crédit PHOTO : Thierry Segard
Le 1er novembre Anne de Sainte Marie annonçait sa candidature à la présidence de la Fédération Française d’Equitation. Son collectif A CHEVAL DEMAIN rassemble des professionnels de l’équitation, en quête d’alternance. Cavalière, enseignante, diplômée d’une grande école de commerce, elle incarne une nouvelle génération de dirigeants du milieu équestre. Cheval Passion de femme l’a rencontrée.

CPF : Anne de Sainte Marie, en tant que fille de professionnels comment est née votre passion pour les chevaux ?
Honnêtement, je ne m’en rappelle pas ! (rire) Je suis née au Haras du Pin mais j’en ai peu de souvenirs. Le lieu qui a marqué mon enfance est le Haras national de Montier-en der en Champagne Ardenne. Mes parents y travaillaient tous les deux. A 4 ans, j’ai rencontré l’étalon poney Slogan de Tyv, mon premier maitre d’école. La pédagogie de ma mère, basée en partie sur la chute m’a conduite au poney-club de Laneuville à Remy ou j’ai découvert l’ambiance du club, les copains, les premiers concours. Après j’ai suivi les déménagements au Haras de Blois puis d’Hennebont. J’ai eu la chance incroyable de monter et de sortir en compétitions des étalons poneys et chevaux d’exception. Je passais tous mes weekends sur le terrain de concours, en suivant les carrières des étalons de sport, l’occasion d’échanges inoubliables avec Bruno Lechevalier, Eric Navet ou Jean Le Monze par exemple. Toutes ces années aux cotés des éleveurs, des étalonniers et des cavaliers professionnels constituent mes racines. Le milieu équestre, c’est ma famille.

CPF : Comment s’engage-t-on en politique à 35 ans ?
Lorsque l’on née dans le milieu équestre, il y a deux solutions : la passion ou la détestation. J’ai fait le premier choix, par amour du cheval, des femmes et des hommes de notre milieu. Depuis l’enfance, j’ai envie de servir ma filière. Je trouve du sens aux projets, lorsqu’ils sont utiles à l’intérêt général. Au cours de ma carrière au Salon du Cheval, à la direction technique nationale de la FFE puis au Haras de la Cense, j’ai toujours mené des projets qui font avancer notre profession. Alors c’est naturellement que j’ai accepté la fonction de Vice-présidente du Comité Régional d’Ile de France, puis de représenter l’équitation au Comité Régional Olympique et sportif. Le mot politique effraie parfois, moi je le revendique. C’est agir pour le collectif, le reste c’est du théâtre.

CPF : Vous avez choisi de quitter votre poste de directrice du Haras de la Cense pour vous consacrez à votre candidature, pourquoi ?
Je m’engage toujours à 100% dans ce que je fais. Après six ans à la Cense, le bilan de l’équipe était dense, avec de multiples réalisations, des livres, des formations en ligne, un pôle balade, une fondation… C’était une place confortable, que j’ai choisi de quitter pour me consacrer à cette campagne. C’est un risque bien sûr ; j’ai dû faire des sacrifices. Mais quand la maison brule, il faut agir et je ne crois pas à la demi-mesure.

CPF : Sans revenu, comment financez-vous votre campagne ? Quel est son budget, les modalités de contrôle ?
Une association s’est constituée autour de ma candidature. Par son intermédiaire, nous réalisons une levée de fonds pour financer les rencontres de terrain, la production et la diffusion du programme. Cela représente un budget de 100 000 euros. Les frais de campagne ne sont soumis à aucun cadre réglementaire. En ce qui nous concerne, nous avons choisi de publier nos comptes.

CPF : Ne craignez-vous pas la violence d’une campagne ?
Souvent, mon entourage m’alerte sur la brutalité d’une campagne, ses coups bas… Je fais le pari du respect. D’abord le respect du travail réalisé par l’équipe en place, qui a porté, il y a 30 ans un projet innovant qui répondait aux attentes de l’époque. Respect pour les individus. Lors de mes réunions en région, je donne à chacun l’opportunité de s’exprimer, d’être entendu, d’accord ou pas, la liberté de parole fait avancer. Respect de la démocratie. Une candidature, c’est d’abord un projet, qu’il faut présenter, défendre et partager, après l’élection fait le reste !

CPF : Vous avez entamé un tour des régions, ou en est-il depuis la crise ?
Avec mon équipe, nous sommes partis sur les routes dès le mois novembre, en organisant des réunions dans chaque département. Quand la crise du COVD 19 a frappé le pays, nous avons tout arrêté pour nous concentrer sur des actions d’urgence. Soutien, collecte de fonds, kit de communication, coaching de relance... Nous reprendrons la route en juillet.

CPF : Quel impact aura selon vous la crise sur la campagne ?
Les clubs ont été lourdement touchés par le confinement. Notre projet doit plus que jamais répondre au besoin de relance et d’évolution des activités. L’été et la rentrée sont décisifs pour les établissements équestres. Quel que soit le « monde d’après », il demandera aux professionnels de s’adapter. La Fédération doit anticiper ces évolutions en aidant chaque établissement à trouver des solutions personnalisées. L’humain est cœur de notre projet, c’est encore plus important aujourd’hui. Nous devons tous être attentifs aux membres de notre famille équestre. Le désespoir ou la solitude qui envahissent certains dirigeants doivent alerter nos institutions. La solidarité est la règle, pas une exception en temps de crise.

CPF : Vous connaissez bien la FFE, pour y avoir travaillé, comment appréhendez-vous d’y revenir en tant que présidente ?
La Fédération est une très belle maison, avec des équipes de grande valeur. Mon constat est que nous sommes arrivés au bout d’un système politique. Il manque une vision nouvelle, ancrée dans la société d’aujourd’hui. Mais sur le terrain ou dans les bureaux de la FFE, il y a des gens formidables, qui aiment leur sport et leur fédération. Je serai fière de construire avec eux un projet nouveau.

CPF : Comment imaginez-vous le rôle de présidente ?
Je crois qu’une présidente doit d’abord incarner des valeurs. Le Ministère des sports en délivrant une délégation de service public à la FFE, donne une responsabilité morale à sa dirigeante. La présidente doit mener une politique transparente, qui garantit l’éthique sportive comme la démocratie. Je garde toujours à l’esprit que la Fédération est une association, qui doit mettre ses moyens au service de ses membres. L’enjeu est de rassembler la communauté équestre pour représenter les professionnels comme les pratiquants. Au quotidien, une présidente doit se consacrer à plein temps à la gestion de cette organisation de 42 millions de budget et plus de 180 salariés.

CPF : Quel lien imaginez-vous entre la FFE et les autres institutions de la filière ?
Je veux une Fédération ouverte. Sur les secteurs de l’élevage et des courses d’abord, nous avons des défis communs à relever comme le sanitaire, la prise en compte des questions de bien-être animal ou la fiscalité. Nous sommes collectivement garant de l’image du cheval auprès du grand public. Plus largement, la FFE doit renforcer ses liens avec le monde du sport, les médias et les élus. Au-delà des frontières, l’excellence de l’équitation française doit briller sur la scène internationale. Nous devons défendre nos couleurs sur les podiums et dans les couloirs de la FEI.


Delphine Raoul




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