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SUR UN AIR DE MUSETTE

Par amour des chevaux et des courses, Colette Chassagne
a renoncé à une carrière prometteuse de musicienne . Non , rien de rien, non ,elle ne regrette rien….



SUR UN AIR DE MUSETTE
Colette naît en Martinique, où son père est Militaire . Enfant, elle monte à cheval et manifeste son désir de devenir « entraîneur de chevaux de courses au trot »
Pour ses parents ce souhait n’est que pure fantaisie et cette attirance ne doit pas dépasser le stade du simple loisir et ne se résumer qu’en de petites promenades de temps en temps ! « Les chevaux, pensent-ils, c’est bon pour les riches et pour les hommes ! » Tout est dit . Bon gré, mal gré, Colette poursuit un cursus scolaire classique puis s’oriente vers des études de couture : l’école étant à côté de chez elle et présentant pour avantage de lui laisser le temps ….de suivre des cours de musique ! « comme une fille obéissante, j’ai obtempéré pour l’école de couture, je n’ai plus parlé de chevaux et je me suis réfugiée dans la musique et plus précisément dans l’accordéon. » Colette ne sera donc ni GALLIANO, ni VERSACE ! A défaut donc de pouvoir embrasser une carrière conforme à ses souhaits ou aux vœux de ses parents, elle se lance à corps perdu dans des études de musique. Elle apprend l’accordéon classique auprès de Jacques Mornet à l’école du thor. Elle passe avec succès son diplôme de professeur, donne des cours à des enfants « pas très motivés » poursuit son enseignement, part en tournée de par le monde. Devient championne de France d’accordéon et termine troisième à la coupe du monde . Elle participe à différentes émissions de télévision, notamment avec Jacques Martin et joue dans l’orchestre de « Sacrée Soirée »

LE REVE DEVIENT REALITE

Alors que la carrière de musicienne de Colette s’annonce sous les meilleurs auspices, la vie lui réserve une surprise qui va la ramener vers les chevaux par un concours de circonstance rocambolesque !
Un jour, décidée à se faire plaisir et à assouvir en partie, son désir d’avoir un cheval, elle achète un trotteur réformé des courses et quelques temps après , une jument. Trois semaines plus tard, elle apprend que cette dernière a gagné une saillie avec KALOAS , un trotteur devenu étalon , appartenant à Marie-Christine Joney-Weis Adam, Championne de France et Championne du Monde amateur. « J’étais alors musicienne professionnelle, toujours partie à droite ,à gauche avec pour plaisir et hobby : les promenades avec mon vieux trotteur et une image idyllique en tête : voir ma jument et des poulains gambader dans le prés !j’étais loin de la réalité. Mon voisin qui drivait en amateur, m’a alors proposé de m’apprendre à driver. Ce fut la découverte ! Difficile à expliquer mais je peux dire sans me tromper que le virus venait de m’attraper ! ». Les mois passent . Colette partage, au mieux, son temps entre sa carrière et ses chevaux quant le hasard des rencontres place sur sa route un propriétaire qui lui demande de s’occuper de ses trotteurs.

Après avoir longuement tergiversé et après bien des péripéties et des apprentissages malheureux, elle finit par accepter et prend sa licence d’amateur. Elle gagne 37 courses en 2 ans et demi . Elle décide alors d’abandonner la musique pour vivre son rêve d’enfant :devenir entraîneur ! Pour ses parents « c’est de la folie, abandonner une carrière , la sécurité, pour l’inconnu , ça n’a pas de sens ».

DES DEBUTS DIFFICILES

Ses premiers pas de professionnelle provoquent l’ironie au sein de la gente masculine. « En 2003 , les femmes étaient rares dans la compétition. Je me suis fait charrier par beaucoup de professionnels. Leurs propos en gros voulaient dire : va faire la vaisselle et faire joujou avec tes enfants, ici t’es dans la cour des grands » Mais c’est mal connaître Colette que de penser qu’elle va renoncer si facilement. Ces perfidies au lieu de la rebuter la galvanisent . Elle s’accroche et ses efforts ne tardent pas à porter leurs fruits. « J’ai commencé avec six chevaux, aujourd’hui j’en ai vingt J’ai gagné sept courses avec le même cheval
(GRATIUS WILLIAMS) et j’ai été la première femme à gagner une étape du Grand National du Trot et du Grand Chelem de Vichy. Comment une autodidacte a-t-elle pu obtenir aussi rapidement de tels résultats ?

« Je pense ,avec le recul que toutes les années du musique passées sous l’aile de Jacques Mornet m’ont beaucoup servie car elles m’ont apporté la rigueur , l’opiniâtreté , la discipline, autant de qualités indispensables également dans l’exercice du métier d’entraîneur » Néanmoins, Colette regrette de ne pas avoir suivi d’enseignement traditionnel pour apprendre le métier ce qui , selon elle, lui aurait fait gagner beaucoup de temps .

« j’ai beaucoup appris en observant de grands professionnels tels que Jean-Pierre Dubois, Joël Hallais . A vrai dire. Il n’y a pas de méthode absolue mais, plutôt une analyse qu’il faut adapter à chaque cheval qui passe entre vos mains , chaque cheval est unique comme les êtres humains ».

Autre point sur lequel elle tient à attirer notre attention : si le fait d’être femme dans un milieu majoritairement masculin n’est pas toujours choses aisée, vouloir un enfant n’est pas non plus sans engendrer d’importantes difficultés et des risques.
« lorsque j’étais enceinte, j’ai continué à travailler mes chevaux et à sortir en courses. Cela m’a valu de gros soucis physiques. Je n’avais pas le choix. J’étais obligée de continuer sous peine de perdre mes propriétaires et de me retrouver SDF. »
A ces risques physiques s’ajoutent d’autres plus sournois auxquels on ne pense pas. « Nous utilisons des produits dans la pratique quasi quotidienne des soins pour les chevaux sans savoir qu’ils sont dangereux, sans précautions particulières, alors que si nous étions mieux informés le simple port de gants réduirait considérablement les dangers… »
Aujourd’hui Colette partage sa vie entre son métier , son compagnon Jean-Luc Dersoir entraîneur chez Mr Luck et le petit Marius qui lui aussi , a les yeux brillants lorsqu’il regarde les chevaux. » Je préférerais qu’il fasse des études , je ne l’encouragerai pas dans la voie du cheval mais ne lui interdirai pas si c’est son souhait ! »
Colette n’a pas rangé l’accordéon au rayon des souvenirs et n’hésite pas à le sortir lors de fêtes familiales, voire à l’occasion de réunions amicales à Grosbois .
Et de conclure « Depuis quelque temps les filles remportent beaucoup de courses montées et méritent le respect, les mentalités changent…. »


Martine Della Rocca




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