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Profession : journaliste

Pas d’évènement équestre sans une foule de métiers qui gravitent autour. Dans le numéro de juin nous avions fait la connaissance d’Adelise Roche, de l’hippodrome de Vichy, et d’Axelle Maître, de l’hippodrome de Clairefontaine qui nous ont fait découvrir « La communication ». En poursuivant notre voyage dans la découverte des métiers de la filière, nous sommes allées à la rencontre de Dominique-Laurence Repessé, journaliste en presse écrite (Journal de l’Equitation, Cavalière) et professeur de journalisme.



Dominique Laurence Repessé
Dominique Laurence Repessé
Comment devient-on journaliste équestre ?
Je crois que c’est au fil des rencontres. Au départ je suis journaliste sportive (aéronautique, rugby féminin, handisport et sport adapté). Beaucoup de mes collègues ont suivi ce parcours : ils suivent d’autres sports et un jour on leur confie l’équitation.

Y a-t-il une différence entre « équestre » et « hippique » ?
Oui. Equestre concerne l’équitation traditionnelle (CSO, complet, dressage et les autres disciplines rattachées à la Fédération française d’équitation), hippique concerne le milieu des courses en général. C’est la distinction que l’on fait aujourd’hui alors que jusque dans les années 60 les magazines spécialisés en « équitation » traitaient aussi de la vie des hippodromes. Les journalistes « hippiques » travaillent donc dans la presse dédiée aux courses.

Vous traitez pourtant les deux !
Oui, mais c’est un choix à la fois personnel et professionnel. Je dirais que pour moi, dès qu’il s’agit du cheval et des hommes et des femmes qui travaillent avec lui, tout est également passionnant. Cela suppose juste de bouger beaucoup plus pour avoir des informations issues de milieux qui ne se fréquentent guère !

Comment êtes-vous devenue journaliste ?
J’ai suivi un cursus d’études littéraires et professionnelles à l’Ecole Estienne. Ce n’est pas la filière journaliste mais édition. J’ai travaillé pour de grands éditeurs pendant plus de dix ans et ensuite je suis devenue secrétaire de rédaction à Diapason (musique classique). Puis dans d’autres journaux avant de me lancer dans la rédaction.

Un secrétaire de rédaction est un journaliste ?
Oui, tout à fait. Il supervise le travail rédactionnel des journalistes, veille au respect du planning de fabrication, assure souvent le suivi d’impression. Il lui faut une culture générale impeccable, une bonne connaissance du milieu si c’est un journal spécialisé, et une excellente formation à la fois journalistique et de la fabrication du journal. J’exerce aussi cette fonction pour le Journal de l’Equitation.

Comment peut-on travailler pour plusieurs journaux à la fois ?
C’est ce que permet le statut de pigiste. Ainsi, je me partage sur plusieurs titres, avec des sujets et des lecteurs différents, et j’assure aussi le contrôle qualité du Journal de l’Equitation comme secrétaire de rédaction. Je suis salariée à la pige. On pourrait dire à la tâche.

Il n’y a pas concurrence, donc gêne, à travailler ainsi ?
Non, car les choses sont claires dès le début. Pour tel journal, tels types de sujets. Pour tel autre, d’autres sujets, d’autres façons d’écrire. Ainsi un de mes prochains articles sur le cheval au cinéma m’a généré un article pour un autre journal sur le travail des dresseurs.

Alors vous n’avez pas fait d’école de journalisme ?
Moi non, ou plutôt la meilleure : sur le tas, en direct aux côtés des grands ! A 20 ans je côtoyais Maurice Bernardet, Pierre Lazareff, Hélène Gordon-Lazareff, sa femme. Plus tard ça a été Josette Alia, du Nouvel Obs, Jean Boissonnat, formidable journaliste économique. Et puis je faisais ces métiers qui permettent de comprendre de l’intérieur : correctrice puis secrétaire de rédaction. Aujourd’hui les écoles sont la filière obligée.

Et vous y enseignez aussi !
Oui, j’assure plusieurs fois par an des cours d’écriture journalistique à l’Ecole des médias. J’aime beaucoup ça, accompagner, soutenir, faire partager mon expérience. Et maintenant je suis la prof qui raconte des anecdotes, l’ancienne ! J’en suis encore étonnée !

Mais le cheval est bien loin de vos autres spécialités ?
Avec la passion, tout est proche ! C’est une question de cœur je crois. En 1981, j’ai rencontré un homme avec qui j’ai eu deux enfants. Dans sa famille on était cavalier de père en fils (et fille aussi !). Une propriété familiale dans le Berry, un club, des écuries, des chevaux partout. Je ne suis pas sûre à l’époque d’avoir eu le choix. Mais, qu’on se le dise, je n’ai jamais pris une heure de leçon ! Par contre des kilomètres de randonnées, à la dure, avec de très bons cavaliers, eux. J’ai tenu !

Avez-vous fait de la compétition ? 
Non, mais celles de ma fille Garance ont requis toute mon énergie en tant que : chauffeur, soigneur (du cheval et du moral de ma fille), soutien pour les coups durs (fractures…). Pas un obstacle qu’elle n’ait passé sans que je ne sois en apnée. En grandissant elle est partie monter chez Olivier Bost à Barbizon. Elle est amateur 3 et poursuit par ailleurs des études supérieures. Et groom pour se faire de l’argent pour ses études. Une vraie et belle passionnée.

De là vous viennent vos compétences équestres ?
Oui. Cela fait vingt-sept ans que je vis avec les chevaux, que je les observe, d’une façon ou d’une autre, que je rencontre ceux qui en vivent (plus ou moins bien), ces adolescentes émerveillées par cet animal fantastique. Je suis contente qu’un jour mon rédacteur en chef au Journal de l’Equitation m’ait demandé d’écrire aussi. D’ailleurs je fais beaucoup de portraits-métiers. J’espère ainsi mettre en valeur des personnalités et des métiers.

Et les courses alors ?
J’ai une nièce apprentie-jockey, un lointain cousin par alliance dénommé Carrus… Mais surtout, je déteste le sectarisme. Je m’intéresse profondément à tous ces « milieux » parce qu’ils me touchent par cet alliage de passion et de dureté qu’il faut pour y vivre. Alors, entraîneur trot, galop, compétiteur équestre, amateur en petit club, véto, éleveur, jockey, groom, maréchal-ferrant… J’ai simplement de la chance de les rencontrer et de les aider à témoigner de leur travail. Et puis, les chevaux, eux, ne sont pas sectaires ! S’ils pouvaient parler ! Et quels souvenirs extraordinaires de suivre les lots au petit matin, les hippodromes silencieux, les herses qui passent.

Journaliste sportive, un métier facile pour une femme ?
Je dirais qu’aujourd’hui la question ne se pose plus. Nous sommes là, au travail, compétentes. Concernant le sport, ça fait des emplois du temps assez difficiles parfois pour la vie de famille (les collègues hommes se posent-ils la question ?). Le soir, très tôt le matin, les week-ends. Avoir préparé ses infos avant, crapahuter sur le terrain… Je pense surtout être très attentive à ceux grâce à qui je peux écrire, mes « interviewés ». Parfois je noue des relations d’amitié. J’ai, moi, une énorme admiration pour toutes ces femmes, jockeys, cavalières, grooms, entraîneur (eh oui, pas de féminin), monitrices… Elles ne comptent pas leurs heures, refusent de renoncer à une vie de famille, serrent les dents. Je les trouve belles, que voulez-vous !

Et les collègues masculins, qu’en pensent-ils ?
En magazines spécialisés, les femmes écrivent depuis un moment déjà. Tout cela suit l’évolution de la société. Nous travaillons, nous investissons des domaines autrefois réservés aux hommes. Et nous avançons. La télévision a fait bouger aussi. En presse hippique, je crois que les femmes font leur « trou » aussi. Le tout c’est de faire bien son travail, sans se renier. Sûrement, tous les collègues hommes n’apprécient-ils pas mais est-ce qu’il faut leur demander leur avis ?

Profession : journaliste
Justement, vous rencontrez beaucoup de femmes pour vos articles ?
J’ai fait un choix, il y a très longtemps : témoigner « d’elles » (ça doit être de moi un peu aussi). Je pense qu’elles sont très loin du compte en matière d’égalité. Dans les différentes instances équestres ou hippiques, c’est très clair. Elles sont de plus en plus nombreuses (jusqu’à 70 % chez les cavalières) mais au sommet des instances dirigeantes toujours aussi peu présentes, notamment en ce qui concerne les décisions. Et pourtant, dans l’ombre elles n’arrêtent pas. Alors un peu de lumière sur elles, des questions un peu impertinentes sur la situation actuelle, c’est bien ce que je peux faire !

Quels sont vos plus beaux souvenirs ?
Mes prochaines rencontres… Je veux dire qu’il m’en reste beaucoup à faire. Sérieusement, ma première rencontre avec Pierre Jonquères d’Oriola, LE champion français. J’étais tellement émue d’interviewer une légende de mon enfance que je n’arrivais pas à sortir de ma voiture ! Alors que « Pierrot » est si gentil. Croiser M. Saint-Martin parce que je passe l’après-midi avec les commissaires aux courses à La Solle, les champions ou jockeys qui nous font tant vibrer. Et puis, bien sûr, les chevaux, cracks, anonymes, tranquilles au pré, vibrants sur un rond de présentation.
Assister à des naissances, la douleur des euthanasies, leur fragilité… Je ne m’en lasse pas.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui voudraient faire votre métier ?
Avoir une excellente culture générale et un intérêt sincère pour les autres. Je le souligne parce que ceux qui nous permettent de faire notre travail ne sont pas de la chair à papiers. Ensuite la filière écoles avec l’opiniâtreté pour se dégoter des stages. Mais, surtout, pas de spécialisation hâtive.
Quand on sait « interroger » le monde, on peut ensuite s’intéresser à des microcosmes. Dans cet ordre-là, pas l’inverse.

Un peu de vocabulaire
Papier = article
Pigiste = journaliste indépendant
Rédac’chef = journaliste qui décide des papiers
Directeur de publication = responsable juridique et financier d’un journal


Marlène Marcos




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