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MARIE-ANNICK SASSIER (ou) DREUX

FEMME OPINIATRE

Avec un arbre généalogique familial dont chaque branche porte une page de l'histoire du trot: Dreux, Essartial, Viel, Baudron et bien d’autres, il était impossible à Marie- Annick de ne pas suivre les traces de ses aînés!

« Femme entraîneur jockey et éleveur, je suis. J'ai eu la chance d'être née en 1961 et de profiter de la féminisation de tous les métiers à la fin du XXe siècle. Certaines femmes de ma famille comme ma grand-mère Amélie Essartial ou sa soeur Jeanne Viel auraient aimé entraîner des chevaux mais leur père Paul Viel ne le leur aurait jamais autorisé... » Je suis une femme active qui concilie vie professionnelle et vie de famille comme beaucoup d'autres le font désormais.



MARIE-ANNICK SASSIER (ou) DREUX
Où avez-vous grandi?

À Bonchamp, une petite commune près de Laval en Mayenne où mes parents Georges et Annick ont créé un haras .

À quel âge avez-vous commencé à monter à cheval?


À trois ans, déjà papa me confiait l'après-midi à un de ses lads: Jules qui m'installait sur le dos du cheval pendant qu'il faisait le pansage.
Plus tard, en rentrant de l'école, je sautais sur le dos de ma ponette Finette pour partir à plein galop. Pour moi, c'était un besoin, un bol d'air.
À neuf ans, j'ai commencé à monter les chevaux de l'écurie : Bonchamp, Champenoise et Eringa étaient mes préférés. Combien de fois ai-je entendu papa dire:
« Dommage que NIQUETTE ne soit pas un garçon ... » Je suivais mon père partout et écoutais ses conseils attentivement.
Encore aujourd'hui, j'essaie de me souvenir de ses valeurs. Pour moi « Georges Dreux » est mon maître à penser!

Comment avez-vous débuté?

Grâce à l'opiniâtreté de Madame Eliane de Bellaigue, le cercle des cavalières à été créé en 1976. Des courses de femmes ont été organisées hors Paris Mutuel et j'ai eu la chance d'en courir quelques unes. Lorsque le cercle a intégré l'UNAT (Union National des Amateurs du Trot), quelques filles dont moi-même et Josiane Sauvé l'avons quitté pour devenir apprenties.

Tout en étant en terminal, j'ai eu la chance en décembre 1979 d'être la première femme gagnante à Vincennes en selle sur Halentine qu'entraînait mon père. J'en garde un magnifique souvenir d'autant que mes parents étaient présents! En effet 2 mois plus tard, papa décédait d'un cancer...

Si la vie m'avait gâtée pendant ma jeunesse, elle est devenue très dure en 1980. Tout me paraissait facile, je conciliais études et passion en vivant dans une famille unie, vouée au cheval. Après le décès de papa, heureusement maman (une petite fille Viel), femme de cheval elle aussi, n'a pas baissé les bras. La même passion nous animait et avons souhaité faire vivre mon père au travers de ses chevaux: les « Gédé ». D'apprentie jockey, je suis devenue « apprentie- entraîneur » et « apprentie-éleveur » par les aléas de la vie.

Philippe, mon mari s'est installé en 1984 à Laval comme médecin ophtalmologiste pour que je puisse travailler et vivre sur le haras de Bonchamp.
Après avoir travaillé vingt ans pour maman, je me suis installé à mon compte en 1998. J'ai à ma disposition vingt boxes dans l'écurie familiale et entraîne mes chevaux sur la même piste que ceux de maman. Passionnée de génétique, j'adore faire les croisements des poulinières et rêve toujours en voyant les petits poulains naître. Prince Gédé est mon bijou!

Y avait-il beaucoup de femmes à vos début et rencontreriez-vous des problèmes avec les hommes?


Nous devions être cinq et isolées. Nous avions l'impression de ne pas être à notre place... Aucun vestiaire n'était aménagé pour les filles. Malgré tout, avec le temps (dix ans environ) les mentalités ont petit à petit changé. Les quelques filles ont progressé, nous avons démontré notre motivation, notre sérieux et avons été respecté progressivement.

Quelles furent vos plus grandes joies durant votre carrière?

Ma participation dans le prix de Cornulier en selle sur Italica Gédé. La première victoire de mon fils Marc l'année dernière. Quel plaisir de le voir prendre le relais! Aussi, Prince Gédé, champion que j'ai la chance d'avoir élevé et entraîné avant de le confier à Thierry Duvaldestin me comble de bonheur! Mais également les grandes victoires remportées par les chevaux de maman (Quéila Gede, Verdict Gédé, Insert Gede et autres) m'ont fait beaucoup plaisir.

Quel est votre plus triste souvenir professionnel ?

{silence} Vous le savez... La disqualification de Prince dans le prix de Cornulier! Je rêvais de gagner cette course mais ce fut un cauchemar. Le Cornulier est une course mythique pour ma famille qui l'a remportée plusieurs fois. Quelle déception...
Pourtant, je félicite Céline Leclercq en selle sur Malakite pour sa victoire dans cette prestigieuse épreuve. Que de chemins parcourus par les femmes dans notre métier...

Comment Philippe vit-il d'être l'époux d'un entraîneur?


Lui aussi est passionné. À seize ans Philippe hésitait entre faire médecine et devenir apprenti jockey. Pendant ses vacances il allait chez son cousin Jean-René Gougeon pour sortir des chevaux. En m'épousant, il a réussi à vivre ses deux passions.
Nous avons trois enfants: Pierre, Marc et Antoine. Pierre a 23 ans et termine ses études de notariat, Marc a 21 ans et se forme depuis plusieurs années à son métier d'entraîneur tout en faisant des études de commerce. Actuellement, il termine sa quatrième année de l'IPAG à Paris et court depuis deux ans à l'attelé. Il a la passion familiale et reprendra le flambeau. Quant à Antoine, qui a 14 ans, il veut être médecin. Ils ont le sens du travail, j'en suis très fière!

MARIE-ANNICK SASSIER (ou) DREUX
Hormis les chevaux, avez-vous d'autres passions?

Avec mon mari, nous évoluons dans deux milieux différents: la grande famille du trot que nous apprécions et nos amis Lavallois de professions variées. Ma détente est de devenir une mère de famille comme toute autre mère et de recevoir nos amis. Tous les ans, je parts une semaine à l'étranger avec mon mari et j'oublie le quotidien de ma vie d'entraîneur.
J'ai eu la chance de vivre ma passion et d'en faire mon métier. Pour une femme, de concilier vie de famille et métier du cheval reste assez compliqué mais grâce au soutien de maman et de mon mari, j'ai pu réaliser mon rêve: devenir éleveur, entraîneur, jockey.

Quelques mots pour conclure cette interview?

J'apprécie d'avoir pu exercer ce métier magnifique mais si stressant. Les résultats n'ont pas toujours été réguliers mais la passion qui m'animait enfant est toujours présente. Merci à mon mari et mes enfants qui acceptent de partager ma vie et à maman qui a su conserver le haras de Bonchamp. Merci également à Thierry Duvaldestin qui nous fait vivre de grands moments par son travail effectué sur notre crack Prince Gédé. Mon ambition désormais est de former Marc pour qu'il perpétue la tradition familiale.


MARIE ANNICK SASSIER et MARTINE FASQUELLE




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