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Céline Legaz ou la tradition d’avenir

Cette jeune femme de 30 ans est en passe de devenir une légende. Comment et pourquoi alors qu’elle appartient au cénacle un peu folklorique, selon certains, du cheval camargue ? Portrait d’une cheffe d’entreprise moderne, inlassable, cavalière et écrivain.



Céline Legaz ou la tradition d’avenir
Au sud de Lyon (voire même au nord pour qui aime les camargues), faites le test. Dites juste « Je connais Céline Legaz ». Et votre interlocuteur vous marquera le respect. Parce qu’elle fait partie de celles qui en imposent. Naturellement. Sans chichis. Ses parents ont d’abord été loueurs de chevaux à Palavas-les-Flots (au sud de Montpellier), puis en font commerce et pension sur les terres du grand-père. Et, tradition oblige, ils achètent des taureaux. Et taureaux + chevaux, cela veut dire manade. Et ultérieurement, quand leur fille reprendra la main, ils auront une très belle sellerie  chez eux, au Mas du Bosc, dédiée au… camargue, qu’ils viennent à peine de quitter pour cause de retraite très méritée. Céline grandit donc dans une équitation traditionnelle dont elle cherche à se défaire à l’adolescence. Ce petit cheval, elle l’a trop vu, trop fréquenté sans doute. Elle, ce qui l’intéresse, ce sont les chevaux plus… standards, plus club. Et puis elle le goût des études, qu’elle poursuit en gestion-comptabilité, est passionnée d’archéologie, de photographie, de cinéma, de romans policiers. Elle passera tout de même son BEES1 en 2004 et, finalement, se lancera en entreprise individuelle sur la structure parentale. Elle hérite d’un grand savoir-faire familial, de ce qui est devenu un élevage et va retrousser ses manches comme doivent le faire tous ceux qui travaillent avec les animaux. Car il va falloir dresser, vendre, faire des chevaux école (elle a tout de suite voulu partager avec des élèves ce qu’elle avait appris), s’occuper des chevaux de propriétaires… Une battante quoi, qui a appris de ses parents, des autres manades, qui sait que se lancer dans cette aventure-là, ce sera exigeant.

Céline Legaz ou la tradition d’avenir
Mais elle ne peut pas deviner qu’il lui faudra l’être encore plus que les autres. Seize jours après l’ouverture de SA structure, elle donne une leçon. La suite aurait donné à plus d’un l’envie de tout arrêter, et pas seulement les chevaux. Car cette jeune fille à qui sourit l’avenir prend un coup de pied dans le visage. Qui la laisse défigurée, un œil perdu, l’envie de vivre en bandoulière. Les urgences bien sûr, une maman qui a assisté à l’accident et qui croit perdre sa fille. Depuis sept ans, les opérations de reconstruction se répètent, lourdes, pour lui redonner un visage qu’elle accepte de montrer aux autres, qu’elle accepte pour elle-même. Du bloc opératoire au noir dans lequel elle exige de vivre, il y a des centaines d’heures dont elle ne parle que du bout des lèvres, pour témoigner certes mais aussi parce c’est intime, peut-être inexprimable aux autres. Même à ses parents, qui ne la quittent jamais, même à ses amis. Et le salut viendra de son envie de dire quelque chose du cheval camargue, de l’équitation camargue. Sûrement l’instinct de se relier aux autres, dans le silence de l’écriture. Bernard Roche, éminent et modeste militant de la cause camargue, l’encourage alors qu’elle couvre des cahiers de ses recherches, à peu près armée de la seule certitude que c’est fragile, que ça ne sert à rien. Il en sortira un livre magnifique, le Manuel d’équitation camargue, paru aux éditions Actes Sud en janvier 2012. Il porte un sous-titre qui la décrit si bien, elle aussi : une tradition d’avenir. Car elle est bien fille de tradition, dont elle parle avec habileté, avec vie, avec intensité, mais aussi jeune femme moderne (branchée Facebook !), à la recherche de ce qui fait vivre et améliore son entreprise (concours, stages, démonstrations, salons du livre, ventes de chevaux en Allemagne, construction d’un manège en dur, intérêt pour l’éthologie…). Et sur les photos (de Luisina Dessagne), elle est juste belle. Lors de la sortie du livre, bon nombre de ceux qui la connaissaient étaient très émus. Ils savaient l’accident, les années noires d’après et, là, elle s’était laissé photographier au plus fort de sa passion, le cheval camargue. Elle dit d’elle : « Je ne me reconnais pas. » Cela lui appartient, profondément, secrètement. Qu’elle sache que nous, nous la reconnaissons pour ce qu’elle est, au présent. Une femme formidablement vivante, magnifique !


Dominique-Laurence Repessé





1.Posté par Cloclo le 17/05/2013 19:05
Il est trop beau le cheval

2.Posté par Chakir032 le 07/06/2013 16:41
Bravo

3.Posté par Lomalis le 27/04/2014 14:13
Ouais

4.Posté par Clarcki le 06/09/2014 11:30
Ouais :)

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