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CORINE BARANDE BARBE : UNE MAIN DE FER DANS UN GANT DE VELOURS

Nous avons posé la question a son entourage qui a bien voulu répondre a cette question : Qui est Corine ?
Une femme de défis, battante au grand cœur, professionnelle qui s’est faite toute seule, ne mâche pas ses mots , ne connaît pas la langue de bois, rien ne l’arrête va jusqu’au bout de ses combats .

Hé oui ! toutes ces réflexions sont bien le reflet de Corine Barande plus connue sous le nom de Corine Barbe . Car il est toujours difficile pour une femme divorcée, séparée, ou veuve d’être reconnue sous son nom de jeune fille après des années de mariage. Nous sommes allées à sa rencontre et entre deux lots, elle à accepté de nous répondre .



CORINE BARANDE BARBE : UNE  MAIN DE FER DANS UN GANT DE VELOURS
Qui êtes vous Corine ?
Je suis née à Paris, mon père à Perpignan, ma mère en Allemagne à Mannheim
. Tous les deux médecins psychanalystes, mon frère Eric est analyste financier, ses passions sont les maths, l’économie et la musique. Aucun ne montait à cheval
Je devais avoir 12 ans , lorsque mes parents mon inscrit dans un club équestre, ma jument grise avez un nom prédestiné Pirouette.
Avec elle je me suis cassé le bras en sautant des « rondins » dans le Bois de Boulogne peu de temps après mes débuts ; j’étais une risque tout … J’adorais les chevaux sans être pour autant une très bonne cavalière. Je n’avais qu’une hâte lorsque je quittais le lycée aller les voir, les regarder cela faisait déjà mon bonheur.

D’ou vient cette passion si votre famille ne monte pas à cheval ?
Enfant, j’étais passionnée par les animaux, puis j’ai découvert les chevaux, en vacances, dans un « ranch » provençal : J’ai tout de suite été fascinée, et « aimantée ». J’ai toujours voulu vivre avec eux : c’était une priorité, sans idée précise du métier que j’exercerais … C’était décidé, on ne se quitterait plus.

Comment c’est passé votre parcours ?
Je vis à Chantilly depuis 1978, en commençant par être propriétaire en prenant mes couleurs en 1981. Mon premier cheval DEEP ROOTS acheté yearling, a gagné le Prix Morny et de la Salamandre, il est devenu étalon et m’a propulsée dans une autre passion, l’élevage , depuis 1984. J’ai eu la joie de faire courir ses produits : Beauty Box, Anywhere, Spookie, Geedeep, Zeebrugge, Pyrgos etc. Ce n’était pas des cracks, mais ils prolongeaient l’aventure ! En mai 1991 j’ai obtenu ma licence d’entraîneur, j’avais 33 ans. J’ai toujours entraîné à Chantilly. A mes débuts, il n’y avait pas beaucoup de femmes entraîneurs.
Myriam Bollack fut la première a obtenir sa licence, elle avait monté en concours hippique. La seconde fut Criquette Head, issue d’une grande famille du Galop, elle a apporté sa touche personnelle à une profession dont elle est aujourd’hui la présidente (association des entraîneurs de Galop), il n’était pas facile d’avoir une licence pour une femme à cette époque !
Il m’a fallu un an de siège auprès des Commissaires pour enfin pouvoir faire le stage d’entraîneur (c’était les débuts de cette formule). Beaucoup de mes confrères et consoeurs m’ont soutenues et appuyées. Les entraîneurs sont toujours plus tournés vers l’avenir que les administratifs !
Je crois que cela choquait plus l’institution que ses membres. Les gens de chevaux savent bien que les femmes et les chevaux travaillent en harmonie.
D’ailleurs je n’ai rencontré aucun problème, j’aimais ce métier et travaillais avec des amis, sans marcher sur les plates-bandes des autres ! Derrière les « grandes gueules », il y a des gens bien. Nous vivons tous une passion et la même aventure, même si elle a des visages différents. Nous partageons les mêmes problèmes. Aux courses c’est la compétition, mais dans la vie de tous les jours, la solidarité existe … l’échange et la sympathie.
J’ai commencé avec mes propres chevaux et des amis associés. Je n’ai jamais eu beaucoup de clients, mais tous sont devenus des amis. La carrière d’un cheval commence par un mystère qui peu à peu s’éclaircit, se dessine de façon plus ou moins réussie selon les cas. Il faut que chaque instant apporte surprise et plaisir. J’essaie de faire aimer le travail du matin, apprécier la progression. Car les moments aux courses sont plus rares et la préparation est précieuse et passionnante.
A mes débuts, j’ai vite trouvé un rythme satisfaisant. Il y a eu de petites et de très grandes victoires. Gagner le Prix de Diane et le Prix Vermeille avec CARLING : une aventure extraordinaire … Le Prix Royal Oak avec RED ROSES STORY : un défi, mais toutes les victoires comptent : Chacune est le fruit d’un travail d’équipe. Au-delà des grands moments, je suis surtout attachée au travail de tous les jours : à la construction et à la découverte des talents, qu’il s’agisse des chevaux ou des cavaliers, révéler un potentiel et le développer est passionnant.

Est ce que en 2009 cela à changé ?
La passion est toujours là, peut-être encore plus forte. L’expérience nous apporte une certaine connaissance et notamment la conscience de tout ce qui nous reste toujours à apprendre, chaque jour !
Le métier est devenu plus difficile, mais l’émotion est la même.
C’est un métier d’observation qui exige une disponibilité totale pour comprendre, apprendre et réaliser. L’application des 35 heures, la multiplication des voyages pour aller courir complique la vie et puise dans les énergies d’organisation. Les chevaux ne doivent pas en pâtir … Il faut s’adapter tout en gardant les bonnes priorités. C’est difficile, mais je ne changerais de vie pour rien au monde !

Pourquoi vous êtes vous impliquée dans de la défense de la profession ?
J’ai été élue en 1995 au collège des propriétaires, c’était une première pour un entraîneur … Pour moi c’était le reflet d’une réalité alors méconnue : les entraîneurs sont propriétaires de nombreux chevaux. L’idée était de gommer les oppositions entre les corporations pour mettre en lumière les intérêts communs qui me semblent plus nombreux et importants que les divergences.
Ces dernières viennent souvent d’un manque de communication et d’une connaissance insuffisante des besoins des autres. Je voulais parvenir à construire un esprit filière plus fort que les égoïsmes et intérêts particuliers.
Je suis convaincue que le travail en groupe est le plus efficace. Je crois avoir réussi, en forçant parfois les portes, à ouvrir des voies qui participent à l’intérêt général


Pouvez vous nous parler de l’association ACTIONNAIRES DE GALOP ?
J’ai toujours refusé la fatalité, il n’y a pas de petits et grands propriétaires, entraîneurs, éleveurs, jockeys. IL Y A DES COURSES DE CHEVAUX !
Et on ne peut opposer les jeunes chevaux aux chevaux d’âges, ce sont les mêmes à différents moments de leur carrière ! C’est parce que des « grands » ont élevé des chevaux moins bons qu’espérer que d’autres tireront leur épingle du jeu. Chacun a besoin de tous et vice versa !
Tout est parti d’une liste dont j’ai pris la tête en 1995. Nous étions des amis avec de grands rêves … En 2000 Laurent Broomhead nous a rejoint apportant une autre dimension avec une vraie expérience de la Communication. Nous dérangions et n’étions pas vraiment considérés dans les instances. Notre côté « électrons libres » effrayait. Il fallait créer une structure légitime pour faire passer nos idées. C’est ainsi qu’avec P.Fellous, Eric Blaisse, puis Michel Perret et Yvon Lelimouzin nous avons créé l’association des Actionnaires du Galop
Son objet est la défense des intérêts des propriétaires de chevaux de courses au galop, associés, entraîneurs, éleveurs et sympathisants. Et l’écoute des turfistes bien entendu. Nos actions sont la lutte pour la transparence et la communication, une distribution des allocations juste et ambitieuse, le développement du propriétariat dont dépendent tous les acteurs de la filière.
Faire évoluer l’Institution vers un partenariat avec les acteurs, passer de la politique politicienne à une dynamique. Changer le scrutin : les représentants doivent être élus pour leur compétence et leur disponibilité et non pour leur appartenance à un groupe qui protègent des intérêts particuliers.
Pour avancer ensemble, mieux et plus vite ! J’ai été élue présidente en 2000 à sa création et je le suis encore. Notre site est : www.action-galop.com. Nous comptons aujourd’hui 230 membres.

Avez vous d’autres implications ? ( elle éclat de rire ) Je m’applique à dormir au moins 5h par nuit pour faire face à tout cela !

Une journée de Corine Barande Barbe se déroule comment ?
Comme tous les professionnels, ma vie est réglée par mes chevaux : Lever à 6h. Revue des engagements et du programme de la journée. La matinée à l’écurie avec mon équipe de 15 personnes ( 75% de femmes ) pour un effectif de 42 chevaux. Vérifier avec le responsable le bon état de chaque individu, préparer la « liste », organiser puis observer le bon déroulement de la préparation et du travail des chevaux. Adapter le programme et l’entraînement à chaque cheval selon ses aptitudes, sa croissance et son évolution. Suivre mes 3 ou 4 lots selon les jours : Quels que soient les problèmes à résoudre c’est ce que je préfère ! Décider des engagements, forfaits et partants chaque jour avant 10h30. Puis aller aux courses ou travailler au bureau : gérer, prévoir … et travailler les dossiers. Puis retourner à l’écurie pour revoir les chevaux, vérifier leur état, réfléchir à la suite, etc… Puis rentrer et travailler encore un peu. Parfois sortir (rarement).
J’ai oublié quelque chose ? Manger ? Oui un peu n’importe quand, souvent n’importe quoi … Pourtant je suis gourmande !
Et enfin dormir un peu et tous les matins la joie de se réveiller pour faire ce métier que j’aime et qui n’est jamais le même.

En tant qu’entraîneur combien de victoires comptez-vous ? Je ne sais pas… environ 220, dont quelques unes en obstacles …Je me souviens de ma première victoire sur l’hippodrome de Maisons Laffitte en avril 1991 c’est une chose qui vous marque toute votre vie, C’était AVRILANA, une 3 ans baie, fille de Deep Roots ! Elle courait sous les couleurs de l’Ecurie Muserolle … un groupe d’amis ; nous étions associés et très heureux de cette victoire. Pour moi c’était le début de la réalisation d’un rêve. Du pur bonheur !

Comment analysez-vous l’évolution de la profession d’entraîneur de vos début à maintenant en 2009 ?
L’époque n’est pas la même. La pression s’est accrue, tout est plus compliqué, plus lourd à gérer : le temps de travail, les multiples déplacements. Faire la même chose coûte plus cher qu’avant et les allocations ont du mal à suivre cette courbe exponentielle. Leurs augmentations sont réparties sur plus d’opportunités et sur tout le territoire : on appelle les chevaux plus souvent et plus loin ; cela implique une gestion des énergies plus lourde. Les propriétaires, bien que passionnés, doivent gérer et certains négocient les prix de pensions. Pourtant, pour ne pas « rater » des chevaux, il faut de la patience et du recul. Garder les vraies priorités dans un monde qui va au plus vite et au plus rentable à court terme est un exercice difficile.
Les purs sangs sont fragiles et délicats, tant au plan mental que physique. Il faut les construire et les consolider sous peine de les gâcher. Je suis convaincue que chaque cheval est un diamant brut qu’il faut tailler en douceur, avec précision et sans pression. C’est à ce seul prix que l’on peut révéler des champions et exploiter au mieux un effectif. La précipitation engendre les erreurs et des « pépins » irréversibles. A vouloir dépenser moins on perd finalement plus et notamment la chance de vivre l’expérience incomparable du bon cheval !
Nous somme dans une évolution , ou si vous , voulez une mutation, avec la perte du monopole du PMU, une porte qui s’ouvre à nous d’en faire une dynamique, Nos courses sont merveilleuses : prouvons le !


Avez vous le temps pour une passion ? Je passe tout mon temps à vivre ma passion ! Le reste n’est que littérature, d’ailleurs j’aime aussi lire sans en avoir guère le temps : j’aime Baudelaire et certains romans bien construits. J’ai aussi le goût de l’amitié et des longues discussions et même d’échanger de longues lettres … J’aime rencontrer des personnages nouveaux et découvrir leur monde.
J’aime défendre des idées et convaincre. Mais je ne pourrais vivre heureuse sans le contact quotidien avec la nature, la forêt, ma chienne Vermeille, les chats qui s’invitent chez moi, les écureuils qui surveillent mes chevaux … Les mésanges, les papillons, les merles que je croise chaque jour me donne force et courage pour affronter la vie dans ses joies et ses peines. La nature est un émerveillement et une leçon permanente qui m’aide à relativiser.

Pour conclure nous vous poserons 3 questions Avez vous des regrets ? Avez vous un rêve ? Qu’aimeriez vous réussir encore ?
Des regrets non. J’apprends par mes erreurs. Juste des disparus qui me manquent,
Mon rêve : Continuer et toujours faire ce que j’aime… Avec ma bonne équipe et mes amis dans un monde apaisé et dans l’équilibre et l’harmonie.
Que réussir ? (elle marque un pose). Etre heureuse dans mon métier, rendre heureux : mon équipe, mes chevaux, mes amis et clients. Gagner de grandes et de petites courses. Apprendre et découvrir encore et toujours.


Par Martine Della Rocca et Corine barbe





1.Posté par sssdre le 21/11/2011 15:50
battue par la règle que vous avez soutenue .!! lol!lol!

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