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AUDREY BIGEON : héritière d’une passion



AUDREY BIGEON : héritière d’une passion
Blonde aux yeux bleus, la douceur dans la voix, Audrey, vingt et un ans, une jeune fille bien dans son époque, fille de Christian et Régine Bigeon, a choisi d’être jockey contre l’avis de papa et maman. Ils ont essayé de l’orienter vers des études de vétérinaire, ou dans l’élevage, mais bon sang ne serait mentir ...

Audrey, à quel âge avez-vous su que vous feriez ce métier ?
A onze ans, lorsque j’ai commencé à sortir les chevaux à la maison, je savais déjà que je voulais faire ce métier. Ma formation a commencé en montant Speedy mon poney à 9 ans. Je participais à des courses monté organisées sur les hippodromes l’été, d’ailleurs à la différence de Charles, mon frère, qui lui gagnait, moi je n’ai jamais réussi à en gagner une. Plus tard, j’ai eu la chance de participer à des courses, hors PMU, ce qui m’a permis d’assimiler le sens de la course. C’est la meilleure formation pour s’améliorer.

Quel a été votre parcours ?
J’ai quitté mes études après mon Bac pour rentrer dans l’écurie de mon père. Je n’ai pas suivi le parcours traditionnel de l’école hippique, car enfant de professionnel, je pouvais obtenir une licence à condition de ne courir que les chevaux de mon père. Mes débuts d’apprentie se sont déroulés sur l’hippodrome de Caen. Je montais Khalie Haufor j’ai terminé 4ème le 14 avril 2003 dans le Prix de Bailleul

Lors de cette première course, en tant qu’apprentie, vous avez du connaître le stress, le trac...
Non, car l’expérience que j’avais acquise dans mon enfance m’a servi. Mes parents en revanche l’ont eu ! (elle rit ) Je me rappelle de mes débuts à Vincennes, dans le Prix de Cheverny avec Lolita Barbés le 5 janvier 2004, mon père ma accompagné au départ. De toute évidence, il n’était pas tranquille ! Après ma victoire, j’ai appris qu’il était resté dans la ligne droite, face aux tribunes, et que le responsable de piste avait eu beaucoup de mal à l’empêcher de s’avancer pour aller sur la piste. S’il avait pu, il aurait été sur le cheval avec moi !

Quelles sensations éprouve-t-on lorsque l’on gagne ?
Il est difficile de décrire ces moments, il faut les vivre pour comprendre la joie qui vous envahit et le cœur qui bat plus vite au moment où l’on franchit, le poteau. Cette fois-là ce fut plus fort encore car je sortais d’un accident qui m’avait immobilisée pendant cinq longs mois, avec une vertèbre cassée et quatre tassées, après une chute, survenue à la maison, au monté, avec Kalie Haufor. C’était le 19 juillet 2005.

Aujourd’hui, vous comptez un palmarès de 24 victoires. Diriez-vous qu’être la fille d’un professionnel vous a aidé, et selon vous est-ce un avantage ?
Je vous dirai oui car j’ai à ma disposition des chevaux, et non, car je dois toujours faire attention à mon comportement, à mes résultats. Lorsqu’on porte un nom connu on est toujours comparé avec celui ou celle dont on porte le nom. On n’accepte pas que vous soyez moins performant. C’est lourd à porter.

On dit que le monde du trot est macho, que pensez-vous de cette réputation ?
C’est vrai. Il y encore quelques années en arrière cet état d’esprit existait, les femmes avaient droit à des réflexions pas très sympas. Ma génération n’a pas trop de problèmes grâce aux performances de nos aînées. Aujourd’hui, les garçons nous voient comme des jockeys à part entière, ils nous respectent.

Ce métier vous laisse-t-il le temps de vivre votre vie de jeune femme ?
Bien sur. J’ai des amies avec qui je fais les boutiques, il m’arrive, lorsque je ne cours pas le lendemain, d’aller en boite avec mes copains. Je vis la vie des jeunes de mon âge même si j’ai des contraintes particulières. Ainsi je suis obligée de faire attention à mon poids bien que très gourmande, par ailleurs je n’ai plus le temps de faire de la gym et du tennis que je pratiquais lorsque j’étais à l’école.

Comment voyez-vous votre avenir ?
Je sais que je ne monterai pas toute ma vie, que cette discipline sportive s’arrête tôt. Quand ce sera le moment j’aimerai pouvoir m’installer comme entraîneur car j’aime préparer les chevaux... mais j’ai encore le temps de penser à une reconversion !!

Vous avez raison Audrey votre carrière ne fait que commencer et gageons qu’elle sera émaillée de belles victoires dont celle dont rêve tout jockey : le Cornulier.

Regard des grands-pères : André-Françis Bigeon et Françis Adam

AUDREY BIGEON : héritière d’une passion
André-Francis Bigeon : D’où vient la passion d’Audrey? L’arrière grand-père d’Audrey était marchand de chevaux de trait et demi-sang, installé à Port Brillet. A la maison, il y avait toujours 2 à 3 chevaux gardés pour la course. Je pense que l’origine du virus vient de là.

Si votre père était encore de ce monde, à votre avis, que penserait-il de son arrière petite fille ?
Mon père aurait, je pense, été fier. Mais il ne l’aurait pas encouragé dans cette voie.

Et vous ?
Je suis comme lui. Mais on ne peut rien contre une enfant qui est mordue, elle a toujours la réponse à vos objections. Impossible de l’en dissuader ! C’est un trait de caractère qui est aussi un avantage surtout pour ce métier très dur, aussi bien, physiquement que mentalement.
Elle a « la patte du cheval dans le corps ». Elle ne rechigne pas au travail, Elle pense bien sûr comme tous les jeunes à la casaque, mais son travail à l’écurie passe avant tout.

Que ressentez-vous lorsque vous la voyez courir ?
Je suis mentalement avec elle, je l’accompagne, mais vous savez , elle ne fait pas souvent d’erreur. C’est une intuitive , elle sent le cheval .

Audrey souhaite plus tard s’installer, qu’en pensez-vous ?
C’est un autre combat. Son époque est plus difficile que la mienne : problèmes de personnel, des 35 heures et j’en passe. De plus, pour une jeune femme, il faut arriver à concilier sa vie de femme, avoir des enfants ... C’est très difficile, de pouvoir tout concilier ...Mais je lui fais confiance.


Quel a été votre plus grande peur ?
Lorsque Land Havaroche lui a pris la main et l’a embarquée sur la petite piste à Vincennes. Vous savez dans ces moments là : on est totalement impuissant, on ne peut rien faire, alors les minutes vous semblent durer une éternité ... Mais Dieu merci, il y aussi des bonheurs. Ainsi sa première victoire avec Lolita Barbés qui doit à la persévérance de ma petite fille d’avoir couru car nous avions décidé de l’envoyer à la saillie .

Quels conseils donneriez-vous à Audrey ?
Pas de conseils, juste le souhait de vivre son rêve, avec bonheur, le plus longtemps possible.




Francis Adam
Savez-vous qu’Audrey, pense déjà à l’avenir, à l’après jockey ?
Oui en effet. C’est une jeune fille qui planifie sa carrière. Elle est, à vingt et un ans, très réfléchie. Mais s’ installer entraîneur, c’est aussi gérer du personnel, des hommes... Je ne pense pas que pour une femme se soit plus difficile que pour un homme. Elles ont une approche, que nous les hommes n’avons pas. Si un jour, elle devait repartir à zéro, elle le ferait, car sa force : c’est aussi son mental.

Quel est votre plus grande peur ?
La chute. La chute dans le peloton, c’est à chaque course mon angoisse. Je croise les doigts chaque fois. Elle a déjà été gravement blessée et de savoir qu’elle pourrait connaître une nouvelle fois cette souffrance, cela me serre le cœur .

Quel a été votre plus grande joie ?
Chaque fois quelle gagne ! le bonheur qu’elle dégage vous atteint en plein cœur ! Tous les grands pères se reconnaîtront, on veut tellement les voir heureux. Si j’avais un conseil à dire à ma petite fille, je lui dirais : reste les pieds sur terre et ne pars pas dans des rêves qui t’empêcheraient de réussir .

Bilan des Parents : Régine, la maman

Audrey nous a raconté son accident avec Kalie Haufor survenu chez vous et comment vous l’avez découverte sur une civière alors que vous rentriez de faire les courses. Cela a du être un choc ?
Oui, j’ai compris en un instant que ce que je redoutais était arrivé. J’ai crains l’handicap, et ce que pourrait être la suite., si elle ne pouvait plus vivre sa passion . En fait, cet accident a eu pour effet, de nous rapprocher. Nous sommes apparus à Audrey comme un appui, ce qu’elle n’avait pas ressenti jusque là. Et lorsque j’ai vu son courage et sa détermination, après cette accident, je ne me suis plus posée de questions sur ce qu’elle devait faire. Elle est tellement épanouie ! c’est ça le principal. »
Comment voyez-vous votre fille ?
C’est une personne déterminée , persuasive, avec beaucoup de bon sens et diplomate. Je me souviens que déjà petite lorsqu’on lui mettait un challenge, elle le relevait. Ainsi enfant, elle était rarement à la maison. Elle se rendait chez ses cousins William Bigeon, Louis et Jean Baudron pour monter les poneys. Un jour, elle en a demandé un à son père. Il lui a répondu d’aller d’abord apprendre à monter au centre équestre voisin. C’est ce quelle à fait, sans conviction pendant un an et le jour de son neuvième anniversaire, Christian lui a offert Speedy. Elle s’est jetée dans les bras de son papa, son visage était radieux .


Christian, le papa
Lorsqu’on travaille avec sa fille, n’a-t-on pas un comportement différent qu’avec son garçon ?
Audrey est sensible dont je mesure mes paroles un peu plus. Sinon, le travail est le même. Lorsque je l’observe la détermination qu’elle dégage cela m’amuse et m’impressionne.

Est ce que de travailler avec Audrey vous a rapproché a fait naître une complicité ?
J’ai trois enfants. Chacun est différent de l’autre, je m’adapte à chacune de leur personnalité. Par exemple, Flore, la sœur d’Audrey, aime elle aussi les chevaux, elle aime participer à l’activité de l’entreprise. Elle souhaite faire une carrière dans la communication. Je m’en réjouis .Charles qui va bientôt fêter ses 15 ans trotte à coté de moi , vous voyez la relève est en marche,
Quel que soit le choix de mes enfants, pourvu qu’ils soient épanouis et heureux c’est l’essentiel.
Une des plus belle joie de ma carrière fut la première victoire d’Audrey à Vincennes .

Photos J.-L. Lamaère


Martine Della Rocca




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