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ABETH MUSSAT, 1ère joueuse officielle de polo en France, éleveur de pur-sang.



Elle a réalisé un rêve audacieux

ABETH MUSSAT, 1ère joueuse officielle de polo en France, éleveur de pur-sang.
L’audace est probablement une qualité que l’on peut conjuguer au féminin. Parmi elles, une femme intrépide qui, en son temps, a eu cette audace, de devenir officiellement la première femme joueuse de polo de France dans un monde exclusivement masculin. Portrait de cette pionnière.
Nous sommes en 1974. Abeth Pouret a vingt ans, une silhouette de mannequin et une longue queue-de-cheval blonde lui tombant dans le dos. En tant que fille du vétérinaire équin Edouard Pouret, à l’époque président de la Fédération équestre française et membre du polo de Paris, Abeth est, peut-on dire « tombée dedans quand elle était toute petite ». Apprenant à monter avant de marcher, la petite fille comprit très vite que sa vie serait entièrement consacrée aux chevaux. Devenue cavalière émérite et profondément passionnée de cheval, Abeth apprend à jouer au polo et s’intègre par le charme et l’efficacité dans une équipe constituée uniquement d’hommes. Élève du grand joueur professionnel Jacques Macaire, ses progrès sont fulgurants. Malheureusement, mis à part quelques rares épouses de joueurs de polo qui s’étaient aventurées dans ce sport en dilettantes et amateurs, la loi française de l’époque interdisait aux femmes de pratiquer le polo officiellement. Qu’à cela ne tienne ! C’est en partie grâce à Edouard Pouret que la loi fut changée et que les femmes furent admises à jouer au polo officiellement aux côtés des hommes. Abeth fut donc ‘’ intronisée’’ et devint derechef la première femme joueuse de polo en France.

La France et L’Argentine étaient les seuls pays où les femmes avaient l’interdiction de jouer au Polo

C’était une période fantastique où nous, nous amusions beaucoup, raconte Abeth aujourd’hui. Jacques me prêtait ses très bons chevaux de polo, car j’avais des Selles français et un petit arabe. Mais pas de chevaux de polo. Ses chevaux jouaient , du reste, beaucoup mieux que moi, rajoute-t-elle en riant.
Avec un handicap zéro, Abeth ne se laisse pas démonter. Elle pratique comme un pro et se permet même de faire chuter un de ses copains qui déclarait en souriant n’avoir jamais été mis à terre par une femme. Voilà qui était fait !.
Ce qui est très plaisant dans le polo réside dans le fait qu’il soit un sport d’équipe sans contrainte d’excellence. D’après Abeth, si l’on ne joue pas absolument bien au tennis ou au foot, personne ne veut plus jouer avec vous et l’on ne s’amuse plus. En revanche au polo, quelle que soit la façon de jouer, on s’amuse toujours autant. Abeth jouait bien et s’amusait beaucoup.
« Je n’ai jamais connu quelque chose de plus extraordinaire à cheval que le polo, explique
-t-elle. C’est une sensation unique. Bien que soit assez violent et qu’à la fin d’un match, je ressemblais à un punching-ball, je me suis amusée comme une folle. Mon mari un peu moins car il était le seul mari d’une joueuse de polo ».Demoiselle Abeth s’est amusée pendant six ans, tout en se mariant avec un jeune homme prometteur, Patrick Mussat.
Puis ayant décidé de fonder une famille, elle calme le jeu tout en s’inscrivant dans la lignée paternelle à savoir l’élevage de pur-sang. Abeth raconte volontiers en riant, s’être mise également à la monte en amazone afin que son mari puisse lui trouver un semblant de féminité. « Comme ça tout le monde était content. Je pouvais être couvert de bleu, je ne faisais pas qu’un sport de brute ». Il est vrai qu’au polo, il y a deux méthodes brutales : empêcher les autres de jouer ou se faufiler plus vite que tous les autres, et ça, Abeth savait mieux le faire qu’elle ne savait marcher. Elle ne se souvient d’ailleurs pas avoir fait autre chose pendant cette époque que de monter à cheval, mais reconnaît néanmoins s’être mis à s’occuper du haras très peu de temps après ses exploits au polo.
« J’ai une prédilection pour les pur-sang ,explique-t-elle. Mais toutes les races de chevaux venaient à la clinique de mon père. J’ai appris avec lui. À l’époque le haras et mes enfants me prenaient tellement de temps que j’ai fini par laisser tomber le polo »
Mère de trois garçons, Abeth n’a certes pas chômé. Par contre, comme elle l’avoue elle-même, sa mère parfois la soulageait de ses « petits chéris d’amours’ . Elle se donnait alors sans réserve à son job passion. Les chevaux défilent dans le haras pendant qu’Abeth découvre
davantage les trotteurs. Ayant son élevage dans l’Orne, l’un des fiefs du trotteur Français, Il eût été impensable de passer à côté. La fille du docteur Pouret n’est pas passée à côté, aujourd’hui, elle élève les deux races. « Mon élevage reste modeste, explique Abeth, J’élève pour des clients en petit nombre mais fidèles et fiables. Je tourne avec une quarantaine de chevaux qui sont élevés de façon familiale, comme des poussins, en les observant longtemps et tous les jours ».


Élever des chevaux, c’est penser avec amour, agir avec patience et les regarder…. Longtemps.

Le regard ! voilà le credo d’Abeth. Un regard, hérité de son père, un regard d’une patience infinie : qui traque le moindre malaise, le moindre défaut. Plus personne n’a le temps aujourd’hui d’observer les chevaux. Abeth ne le nie pas, si le temps venait à lui manquer, elle ne ferait plus d’élevage. Mais petit à petit elle consacre une partie de son temps à une autre passion, un autre domaine, le courtage. Peu de clients, mais de grande qualité et surtout en sachant où les chevaux vont vivre.
« je ne parle pas spécialement d’argent, explique-t-elle, mais il faut un minimum de moyens pour faire vivre des chevaux décemment et de sortir le plus possible des cracks. Cela réclame des terres, du personnel, de la passion et encore une fois du temps ».
« Mais, s’exclame –telle, quelle joie, nous éprouvons à la vue d’un de nos jeunes chevaux passer le poteau d’arrivée en vainqueur. C’est absolument la même chose d’être naisseur et d’avoir mis au monde un champion pour les autres, que d’en être encore la propriétaire. Et puis, ajoute-t-elle en souriant, n’oublions pas la prime au naisseur ! ».



Roxane Legay de Leyde




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